Épisode 1 : Du feu sauvage au feu créateur
Sous la lueur rougeoyante de la forge, le feu grondait doucement, rappelant aux enfants assis en cercle qu’il fut autrefois sauvage, indomptable. Le vieux forgeron leva les yeux vers les flammes et parla d’une voix lente, rugueuse comme la pierre chauffée :
« Avant que l’homme ne le garde dans un foyer, le feu était une bête libre, errante dans les forêts et les plaines. Il naissait de la foudre, des volcans, du souffle brûlant de la terre. Il dévorait tout sur son passage : les arbres, les bêtes, les montagnes elles-mêmes semblaient trembler devant lui. On l’entendait rugir dans la nuit comme un esprit affamé. Les hommes le craignaient, le fuyaient, le regardaient danser dans le vent sans oser l’approcher. »
Sous la lueur tremblante de la forge, le vieux forgeron parla d’une voix grave, son visage sculpté par les flammes. Autour de lui, les enfants écoutaient, les yeux écarquillés, hypnotisés par le feu qui dansait dans l’âtre.
« À cette époque, mes petits, l’homme n’était encore qu’un fragment de nature. Il ne façonnait pas le monde, il y survivait. Mais un jour, un éclair tomba du ciel, embrasant la savane. L’un d’eux, curieux et courageux, s’approcha, tendit la main et saisit une branche rougeoyante… et quelque chose changea à jamais. »
Il remua la braise avec sa pince, faisant jaillir des étincelles dorées.
« Les archéologues ont retrouvé les traces de ce moment sacré. À Wonderwerk Cave, en Afrique du Sud (vers –1 000 000 d’années), on découvrit des os calcinés, des cendres anciennes, témoins d’un feu gardé. À Gesher Benot Ya’aqov, en Israël (vers –780 000 ans), on trouva des foyers ordonnés, des pierres rougies, des fragments de silex brûlés. Et à Terra Amata, en France (vers –400 000 ans), les hommes avaient déjà appris à entretenir la flamme au centre de leurs campements. »
Il leva les yeux vers la cheminée : « Ces feux n’étaient pas des accidents. Ils étaient protégés, nourris, veillés. L’homme ne savait pas encore les allumer, mais il savait les préserver. Le feu sauvage était devenu feu gardé. Et, pour la première fois, l’homme fut le gardien d’une puissance plus grande que lui. »
Les enfants se rapprochèrent, sentant la chaleur sur leurs joues. Le forgeron poursuivit :
« Dans chaque groupe, certains veillaient sur la flamme. Ils connaissaient le bois sec, le souffle du vent, la respiration du feu. Ces premiers gardiens étaient les ancêtres des forgerons : ils ne frappaient pas encore le métal, mais déjà, ils forgeaient le lien entre l’homme et la création. Celui qui détenait le feu détenait la vie, la lumière, la protection. »
Il marqua une pause.
« Le feu devint une entité vivante. On lui parlait, on le nourrissait, on l’écoutait crépiter comme une voix des anciens. Avant les dieux, il y eut le feu. »
Puis il raconta les croyances : « En Afrique, on disait que le feu était le souffle du ciel tombé sur la terre. En Asie, qu’il fut volé aux esprits de l’orage. En Océanie, qu’il naquit de la friction des arbres sacrés, union du masculin et du féminin. Ces récits montrent que, partout, le feu fut perçu comme une force divine : il dévore, mais il éclaire ; il brûle, mais il purifie. »
Le forgeron sourit doucement :
« Le feu transforma la matière et l’esprit. Il donna naissance au langage, à la mémoire, au mythe. Les reflets sur les parois des grottes devinrent les premiers autels, les premières visions chamaniques. Le feu était une porte entre les mondes, une flamme où l’homme vit son propre reflet. Dans l’étincelle, il découvrit la conscience. Et dans la chaleur du foyer, il sentit naître l’âme. »
Il conclut, fixant les braises rougeoyantes :
« Ce premier feu, mes enfants, est encore celui qui brûle dans ma forge et dans vos cœurs. C’est la même flamme, le même souffle. De lui sont nées toutes les traditions du feu sacré : des temples de Vesta aux alchimistes et à leurs athanors. »
Vous souhaitant une agréable visite, si vous avez besoin d'un complément d'information concernant votre Forgeron à Vielverge : prenez contact dès à présent.